Recommander aux pauvres d’être économes, c’est chose à la fois grotesque et insultante. Cela revient à conseiller à un homme qui meurt de faim de manger moins.” Oscar Wilde

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Steacks hachés frauduleux

une affaire qui pourrait être l’arbre qui cache la forêt

vendredi 2 août 2019 , 161 : visites , par LDA

Un rapport parlementaire, présenté par le sénateur PCF Fabien Gay, fait la lumière sur le scandale de la viande frelatée distribuée aux associations caritatives. Il dénonce une défaillance coupable de l’État dans les manques de contrôles des produits achetés avec de l’argent public.

Fabien Gay, sénateur PCF de Seine-Saint-Denis, rapporteur au Sénat sur le scandale des faux steaks hachés destinés aux associations caritatives décrypte les carences de traçabilité de la viande et le manque de considération pour la santé des plus démunis.

Quel a été votre premier constat en enquêtant sur ce scandale des steaks hachés ?

Fabien Gay : Il existe un double scandale. Le premier est qu’il touche les plus pauvres, soit cinq millions de bénéficiaires du Fonds européen d’aide aux plus démunis (Fead). Le deuxième est qu’il s’agit d’argent public. Au sein de mon groupe parlementaire, nous avons voulu comprendre le mécanisme qui a conduit à ce scandale. Pour tenter d’éviter qu’il se reproduise. Et après audition des associations, des services de l’État et des entreprises, d’énormes négligences ont été mises au jour. D’où viennent les dysfonctionnements pointés par le rapport ?

Fabien Gay : Il est impossible de déterminer l’origine des viandes, alors qu’on demande à nos agriculteurs des normes sur la traçabilité pour chaque bête. Dans cette affaire, on confie à un fabriquant 1 400 tonnes de steaks hachés, soit 10 000 bêtes possiblement polonaises, ukrainiennes ou même brésiliennes. Tout le monde reconnaît qu’il est possible de remporter un marché public sans que soit établie cette traçabilité. Ensuite, il existe un incroyable défaut de contrôle puisque, si 60% des entreprises fabricantes sont censées être contrôlées chaque année, et on voit que l’entreprise Biernacki [à l’origine du scandale des steaks hachés frelatés - NDLR] n’en a jamais subi depuis 2013, année de ses premières obtentions de marchés publics. La majorité présidentielle se veut rassurante sur le Ceta. Peuton la croire quand éclate ce type d’affaires au sein de l’UE ?

Fabien Gay  : Effectivement, concernant la ratification du traité de libre-échange avec le Canada (Ceta) voté à l’Assemblée, la majorité présidentielle assure que les marchés seront sécurisés et la viande tracée au même niveau d’exigence que pour les agriculteurs français. On voit que tout ceci est faux. C’est du baratin : ce n’est même pas respecté au sein de l’Union Européenne. Ce scandale n’interrogetil pas sur l’égalité face à l’offre alimentaire ?

Fabien Gay : Oui, et ça démarre dès l’appel d’offres, où seul compte le critère prix. Par conséquent, les traders et les négociants, qui gagnent 95 à 100% des marchés publics, assument de rechercher le meilleur prix, au détriment de la qualité. Ils le savent, mais pour eux ce n’est pas grave : c’est pour les plus démunis. Cette viande, qui était parfois réemployée [réintroduite après avoir été déjà transformée en vue d’autres usages - NDLR], contenait tout de même de l’amidon, du soja, de l’os ou encore du coeur ! Nous avons un débat avec nos agriculteurs sur la qualité de l’alimentation, sur la souffrance animale… et on laisse complètement de côté cinq millions de personnes qui, elles, n’ont pas le droit au bio. Qu’attendezvous du gouvernement après la publication de ce rapport ?

Fabien Gay : Un rapport n’a d’utilité que si on le fait vivre. Nous avons tout intérêt à faire connaître les dix-huit recommandations. Mais nous demandons également au gouvernement de se pencher sur l’ensemble du Fead, car il pourrait y avoir des problèmes sur d’autres types d’aliments. Nous ne l’espérons pas, mais il se pourrait que ces steaks hachés soient l’arbre qui cache la forêt. Grâce aux associations, laissées seules face à cette crise, cette viande n’a pas été consommée, mais il y aurait pu y avoir un grave problème sanitaire.

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